samedi 14 juin 2008

La nature


Nous sommes souvent le produit du climat et de la vie du paysage qui nous entoure.
Et la première beauté est celle du paysage.
Dans quelle mesure est il créé par l'homme ? Difficile à savoir, la conséquence de l'activité humaine étant impossible à mesurer.
Par contre on ressent toujours la singularité du paysage premier, celui dont on imagine qu'il échappe aux actions humaines.
A Toulon, ce paysage est exceptionnel, tout ce qui est construit est ressenti comme inférieur (et tant du point de vue de l'urbanisme ou de l'architecture, c'est certainement vrai, bien que l'on note une amélioration ces dernières années !).
Braudel a écrit, sur l'arrivée à Toulon au milieu des cultures d'Ollioules, la Seyne, que la beauté du paysage et la particularité du climat donnaient l'impression d'arriver dans un eden. Forçons notre imagination.
Mais chacun de nos comportements, chacune de nos créations sont certainement influencés par cette possibilité.
Ce texte est le dernier, je m'arrête là, au chiffre 99 : il n'est pas rond, et il montre bien l'arbitraire qu'il y a à choisir des oeuvres plutôt que d'autres. Peut-être y en a-t-il assez pour donner un aperçu significatif et dont la subjectivité soit mesurable.
Environ 500 000 personnes vivent, rêvent, imaginent et agissent autour de cette rade : on ne peut pas les connaître tous (en même temps).

Alexandra Giacobazzi


Alexandra Giacobazzi évolue dans un monde où s'équilibre le mouvement des volumes et couleurs; il y a avant tout la solide sensation de la maîtrise d'une forte énergie : contrastes lumineux et chaleureux, rythmes larges dans l'espace.
Elle crée, ensuite semble-t-il, des éléments de vie qui racontent une histoire dans cette plastique maîtrisée.
Evidemment, le nom qu'elle porte implique pour beaucoup une complicité au premier regard. Oui, des choses se transmettent et se perpétuent, et il est fantastiquement beau de voir comment les choses se prolongent dans le temps d'une personne à l'autre, cela est vrai non seulement pour elle qui a toujours vécu quasiment dans un atelier vivant et visité, mais également entre tous les artistes cités ici. Je regrette d'ailleurs de n'avoir pas trouvé les bons matériaux pour montrer quelques objets de l'antiquité et du moyen-âge, parce que l'histoire est continue (quand on la regarde de loin, pas quand on la vit). Je pense particulièrement à une sorte de papyrus retrouvé dans les fouilles des Riaux il y a une dizaine d'années; il s'agit du carnet d'un commerçant de l'antiquité romaine, et la matière, l'écriture en sont souvent dans ma tête en tant que témoignage de l'irruption de la grâce dans les gestes humains.
Alexandra Giacobazzi a reçu à mes yeux la meilleure des formations, elle l'utilise avec la meilleure des libertés, et son prénom seulement.

vendredi 13 juin 2008

Pierre-Jean Rey


C'est dommage, Pierre Jean Rey ne dit plus du tout qu'il est toulonnais, qu'il a beaucoup travaillé à Toulon, et que c'est le Musée de Toulon qui lui a donné sa première grande reconnaissance officielle, l'une des premières en France pour un photographe publicitaire.
Quand les studios Baobab étaient à Toulon, dans une ancienne et superbe menuiserie de Marine (devenue depuis des lofts où habitent ...des artistes, principalement), on sentait une grâce passer et de la passion (surtout lorsque Jane Birkin venait tourner un clip !).
En plus, la publicité n'est pas son seul talent, c'est un photographe vraiment, entièrement et un peu plus (il a cotoyé Dieuzaide, Brihat...) et aujourd'hui travaille sur des films et des documentaires, après la jolie opération "mille enfants pour l'an 2000".

Caroline Amoros


Elle fait du théâtre de rue, elle n'est pas de Toulon, mais elle a eu une triste aventure à Cuers, ancienne banlieue rurale communiste, aujourd'hui couverte de lotissements isolés. Dans son spectacle (qui a tourné un peu partout en France), il y a une intervention plastique : des graffitis quasiment 68ards, pas très méchants, il faut le dire.
La mairie a porté plainte et tout effacé (c'est la précédente mairie qui avait officiellement commandé le spectacle et ses à côtés d'animation de l'espace public). Pas très intelligent, il faut le dire. Et tellement énorme que ça n'en vaut même pas l'attention. Cuers non plus, maintenant, d'ailleurs, ville devenue sans qualités.
Ca me rappelle ma surprise dans les années 80. J'arrive à New York, je suis bouche bée devant les graphs partout : des métros entiers décorés, des murs colorés, un style qui était nouveau à l'époque, pas renversant mais soigné et joyeux.
La surprise, c'est quand un critique puis un galeriste m'ont expliqué que c'était considéré comme de la délinquance. En Europe, à l'époque, on appelait ça des fresques et on payait les gens pour faire cela, et on les remerciait en organisant des inaugurations pour constater comme la société était intelligente et vivante et civilisée. Mais dites donc, ça serait pas une réflexion de vieux monsieur ça ?

jeudi 12 juin 2008

Marie-France Lejeune


Marie-France Lejeune met en oeuvre l'impression que la réalité est présente dans ce qu'elle fait, et c'est en fait un leurre, et c'est peut être ça le sujet de son travail.
Au delà de ces images, elle construit et installe un système d'espace, de mise en scène, qui décline le regard sur ces réalités.
A vous de prendre conscience de votre regard sur ces morceaux de réalité, et de déterminer quelle est son intervention, quel est le propre regard qu'elle croise avec le vôtre.

Samuel la Roze


C'est certainement le seul artiste vivant à Toulon que j'aie découvert à Grenoble.
Il a une sorte de mordant massif, et il conçoit des objets qui empoignent les ombres du refoulé pour les mettre au grand jour et obliger chacun à regarder ses pires vérités en face.
Un certain sens de la scénographie dont le but est en général de déranger me paraît le caractériser : des armoires géantes aux portes ouvertes le long d'une autoroute (une commande pour les autoroutes du Centre de la France, où il semblait penser qu'on ferait bien de vider le fond des armoires et d'ouvrir les portes).
Beaucoup de choses, socialement dérangeantes, et ceci , qui a pour nom "Mère maudite-erronée".

Charles de Tournemine


Il est né place d'Armes, et il est mort à Toulon (en 1878).
Ce qui me passionne chez lui est qu'entre les deux il a connu l'ensemble de la Méditerranée et fait quelques incursions ailleurs, en Inde, notamment.
Et que la majeure partie de son temps a été consacrée à l'orientalisme.
Pas de génie, mais une qualité, notamment de narration, de notation et de perspective, et, surtout, le témoignage de l'esprit voyageur, une sorte de goût pour créer l'exotisme qui tient avant au plaisir de connaître l'étranger.

Frédéric Montenard


Bien qu'il soit né à Paris, c'est ici qu'il a le plus travaillé (avant de mourir à Besse dans les années 20).
C'est un des peintres "anciens" dont l'absence de maniérisme et la liberté m'apparaissent les plus fortes.
Et l'un de ceux qui ont été capables d'aller au plus novateur de son temps, tout en montrant et partageant une sensibilité à des choses éternelles des suds - sa représentation de la lumière, par exemple, est rare.
Ceci dit, on sait bien que le Sud, qu'il donne à percevoir, est une invention du Nord, comme l'ailleurs l'Orient est une invention de l'Occident.

Gilles Boudot


Je reste admiratif et silencieux devant les photographies de Gilles Boudot.
Elles naissent visiblement de phénomènes complexes et de réflexions profondes qui savent poser l'hypothèse de la transformation de l'anecdote en principe. La technicité parfaite de la réalisation et de la pensée me dépassent un peu, je souris parce qu'il est clair qu'il a envie de faire sourire, mais les téléscopages sémantiques qu'il provoquent vont trop loin pour moi (et j'adore ça).

Stephen Liegeard et l'azur


Il faut absolument redresser un tord : le terme de Côte d'Azur est récent, et il a été inventé par Stephen Liegeard alors qu'il se laissait envahir par le ciel de Toulon (et donc pas celui de Nice).
Voilà la vérité : Stephen Liegeard attendait un train (alors tout récemment construit) à la Pauline, une petite gare qui à l'époque se trouvait sur le territoire de Hyères et qui maintenant se trouve sur la Garde, lieu devenu aujourd'hui l'espace informe que l'on nomme "entrée de ville" de Toulon.
Il regardait le ciel, et a dit au chef de gare : "elle est tellement bleue, cette côte, on devrait l'appeler la Côte d'Azur".
Or l'Azur est un des rares moyens de représenter l'infini en le faisant ressentir.
Nommer et représenter l'infini est un geste singulier.

Van Rogger


Le mythe a été bien construit. De la façon dont il est construit, je doute que l'on puisse regarder vraiment les travaux qu'a laissé derrière lui Van Rogger, et que l'on peut voir à la Fondation, là où il vivait à Bandol.
Il est regrettable qu'autour de son nom circulent les très discutables notions et valeurs d'artiste maudit, seul, génial, retiré du monde.
Parce qu'un artiste est d'abord quelqu'un qui nous donne une autre vision du monde que nous partageons avec lui.
Je préfère profiter des effets de matière, mouvement et lumière que ses travaux dégagent, et me dire qu'il a des points communs avec deux très très grands auxquels je pense souvent : Jean Dubuffet et Alberto Burri.

Pierre Belouin


Il y a à la fois des formes sonores et des formes plastiques dans ce qu'il fait, le dispositif qui résulte de son travail échappe donc à toutes sortes de normes, et ils sont très peu nombreux à l'avoir réussi.
Avec une petite image et un tout petit texte, on n'a qu'une vague conscience de ce qui se passe et de ce que l'on reçoit - de l'expérience que l'on peut avoir avec ce qu'il fait.
Je ne peux pas résister à cette image là, parce qu'elle s'apelle "I'll be your mirror", et je n'ai jamais résisté au Velvet Underground. C'était à Strasbourg, j'imagine le son, et le matériau principal, c'est l'espace urbain et une bonne dose d'aluminium.

Laurent Septier




Il fut un temps lointain où on voyait tout le temps Laurent Septier, maintenant on le voit ailleurs, souvent loin.
Il est dévastateur et sans ironie explose les archétypes du monde contemporain, consommation, politique, imageries. Et, de l'intérieur des imageries, ce qui peut être un cynisme est en fait une critique arrêtée juste avant de formuler une utopie.
Du coup, il y a une sorte de joyeux désespoir dans le tout, qui prend toutes les formes que j'aime : installation déjantées, photographies du banal...
Ici, d'ailleurs il emprunte à Niele Toroni, puisqu'il a appelé le tout "Toroni figuratif".

Paul Luyton


Modernité, singularité et poésie personnelle, adaptation au paysage et à la nature, formes pures : impossible de me faire plus plaisir.
1968, c'est l'année de la réalisation de la "Maison coquillage" de Paul Luyton, pas de hasard ! Il est difficile d'éviter de poser les noms de Paul ou Christian Luyton lorsqu'on parle de modernité ici. C'est fait, et pas avec la moindre des créations. Je n'entamerai pas leur réputation en regrettant que parfois, un excès de fonctionnalisme ait primé sur le spectaculaire des formes.

Auguste Pélabon


Je n'ai pas trouvé la meilleure de ses oeuvres (mais il y en a dans les tréfonds du Musée de Toulon).
Il fait partie de ceux, minoritaires, qui ont su passer d'un siècle à un autre et s'ouvrir au futur.
Il a du mourir dans les années 30. Il n'avait pas hésité très tôt à sortir des sentiers battus et essayer les découvertes de la modernité qui faisait souvent scandale, l'impressionisme, notamment. Quelque part, ce sont des gens come lui qui ont sauvé l'honneur en maintenant ouverture et sens du risque.

Alain Pontarelli


Il entre dans toutes les brèches et dans toutes les voies de l'art d'aujourd'hui.
J'y suis particulièrement sensible parce qu'il allie une critique de l'architecture (et donc de la ville), au développement de tout un vocabulaire des scénographies de l'intime.
Alain Pontarelli n'hésite pas à la grandeur et à l'humour, il est pertinent, il ouvre l'espace et la conscience comme si c'était un jeu.

mercredi 11 juin 2008

Marie-Diane Tassy


Elle vit de sa photographie, elle court tout le temps.
Elle trouve dans le moindre paysage la structure d'une forme qui organise l'espace et met en valeur les éléments vivants qu'elle veut raconter. Elle paraît la mettre en lumière instinctivement, et ses personnages y trouvent leur place naturellement (et en plus je ne me suis pas trouvé trop laid à chaque fois que je suis apparu sur ses tirages).
Elle aime jouer sur la taille des tirages, justement, parfois, elle ajoute des éléments pour mettre en scène des photographies, comme par timidité, et moi je regarde encore plus la photographie elle même.

Alfred Henry

Impossible de trouver des informations et des images sur l'architecte moderniste Alfred Henry (sauf, il y a un ou deux ans, dans une expo de la Villa Noailles).
J'ai voulu photographier ce matin sa chapelle du Val Fleuri, tout béton : pas d'angle possible.
Alors, deuxième notule sans photo.
Il est urgent de redécouvrir l'incroyable travail d'Alfred Henry.
D'abord, un exploit : accrochée à la pente du Faron, la chapelle Saint Vincent de Paul (près du Val Fleuri) est faite de béton brut de décoffrage, avec des courbes corbuséennes, et des baies vitrées immenses DERRIERE L'AUTEL.... POUR QUE L'ON PUISSE VOIR TOUTE LA RADE DERRIERE LE PRETRE PENDANT LA MESSE ! Etonnez vous après cela qu'une caractéristique toulonnaise soit cette envie de symbiose avec la nature...
Il a aussi dessiné la tour de la Caisse d'Epargne, aujourd'hui siège de TPM, et la piscine du Port Marchand, bâtiments tous deux classés au patrimoine du XXème siècle.
Lorsqu'enfin on célèbrera et mettra en valeur le patrimoine moderne de Toulon, il ne faudra pas non plus oublier la gare du téléphérique, de Pierre Pascalet, dont c'est à ma connaissance la seule forme vraiment originale : pour le reste, ce que je connais de lui, le Concorde et la Tour d'Ivoire, sont des immeubles de qualité au style secondaire et aux ornements pas vraiment aboutis.

Amédée Pianfetti


Voilà ce que j'avais écrit au départ sur Amédée Pianfetti : "Ca fait un mois que je ne trouve aucun Jpeg d'Amédée Pianfetti. Tant pis, un texte sans image, mais je ne vois pas comment ne pas parler d'Amédée Pianfetti.
Il a été actif avant la guerre (la Deuxième Guerre mondiale), pendant et après.
J'ai vu quelques toiles, il y a longtemps, c'était rythmé et coloré.
En fait on trouve plus d'informations sur lui en Allemagne, parce qu'il a été proche de Django Rheinhardt qui a passé du temps à Toulon, il semblerait même qu'ils aient fait musique et peinture ensemble en changeant les rôles de temps en temps.
Et il a préparé le terrain pour la liberté : c'est lui qui a amené Giacobazzi à la peinture, entre autres. Il a été ami avec Henri Komatis, aussi.
Et puis j'avais bien aimé quand Giacobazzi m'a dit un jour quelque chose du genre "moi j'ai appris avec des vieux types qui glandaient au Revest"

Et puis un jour quelq'un m'a envoyé un mail pour me dire qu'il avait un Pianfetti chez lui, auquel il était très attaché, en proposant qui plus est d'en faire une photographie.
Merci, merci beaucoup !
Voici donc sa photo, et quelques mots sur le rapport qu'il entretient avec le tableau en question : "C'est une nature morte et lorsque je l'ai vue dans une galerie à Toulon, sans connaître le peintre à l'époque, mon regard ne s'est pas détaché de la toile,comme si j'étais hypnotisé.
L'univers me plait et c'est une source de tranquillité dans mon salon. La peinture est magnifique et d'une qualité digne d'un peintre beaucoup plus renommé."

Volaire



Le Chevalier Volaire.
Il est aux racines de l'art à Toulon (mais juste après de la Roze).
A l'époque, le XVIIIème, il règne une grande sophistication technique et on apprend beaucoup, principalement parce que la Royale est un bon et exigeant client.
Le sens du sujet, une maestria impressionnante : il est né à Toulon, et s'est rapproché des lieux où l'art vivait : Rome, puis Naples où il est mort.
Dans les années 30, la bourgeoisie toulonnaise adorait encore aller en bateau à Naples pour l'ouverture de la saison lyrique.

Bruno Vigoroso


Un artiste autonome, joueur, ouvert, pédagogue. Mais oui, mais oui, ça existe.
Mais être aussi sociable a un prix : Bruno Vigoroso, comme en conséquence, ne joue ni sur la singularité, ni sur la marginalité, ni sur la supériorité, ni sur le mystère.
Alors, forcément, il ne joue pas dans la cour de la critique, de la mythologie personnelle, de la célébration de l'égo difforme.
Et forcément, ça respire la santé. Tout en décrivant les bizzareries qui découlent du simple fait d'exister.
Il aide des dizaines de jeunes et moins jeunes à trouver leur propre exercice.
C'est rare.

mardi 10 juin 2008

Nicolas Belloni


Il passe d'un média à l'autre, dessin, vidéo, photo.
Il crée son univers personnel en observant et en reliant les événements du quotidien urbain; il raconte en créant des étincelles qui créent elles même des histoires.
C'est un urbain, qui regarde les individus dans la ville, le mouvement de la ville et toutes les histoires qui s'y créent.

Fabienne Frossard


Elle crée un monde où le corps se déforme, des animaux apparaissent, c'est un univers; mais derrière un sens du loufoque et du non sens, on sent comme une révolte.
Evidemment, elle joue de tout.
Pour la connaître, il faut aller sur MySpace où elle a comme amis des photographes (entre autres) qui lui ressemblent partout dans le monde.

Pascal de la Roze


En fait, l'histoire de la peinture à Toulon commence avec lui. Ce chantier naval date de 1708, bien avant Vernet.
Il y a bien sûr eu une histoire de l'art avant : celto-ligure (ils descendaient des oppidums pour commercer sur la plage), romaine (beaucoup d'objets ont été retrouvés sur la grève qui est maintenant le port, dont deux barques horeia dont on ne possédait dans le monde que des dessins avant de les découvrir dans les années 80), du Moyen-Age (mais le Moyen Age est en général très médiocre en Provence : le Beau vient de Lombardie et de Catalogne, et souvent ne fait que passer).
Le savoir faire est extrêmement fort, on sent un préprépréromantisme : survalorisation de la nature, pointes d'émotion...

Horace Cristol


Un peu oublié, recherché par les collectionneurs, Horace Cristol fait partie des peintres qui ont commencé à se détacher de l'univers de la commande politique, très fort à Toulon (le Roi, la Marine...). Cette commande politique, ce lien au pouvoir ont été définitivement dissous dans le courant des années cinquante.
Il a créé principalement au début du siècle, et fait partie de ceux qui ont amené une modernité éclairée, qui ont aidé les autres à passer du savoir faire à la création libre.
Et l'on peut noter qu'il continue, comme les anciens, à se situer dans un univers très ouvert sur l'Orient et le Maghreb (ici, apparaît Constantinople, et les vues de Venise, chez d'autres, sont innombrables, il se pourrait bien que l'orientalisme en peinture ait son origine ici).

lundi 9 juin 2008

Minos


Minos, sous titre : photographes en Méditerranée. C'est le second mouvement de groupe qui a ouvert la voie pour d'autres après le groupe 50.
Ils ont créé un engouement pour la photographie.
Ils ont ensemble respecté le travail de chacun, exposé les uns, les autres, ouvert une place même à ceux qu'ils ne connaissaient pas.
Le résultat en est qu'ils travaillent en étant regardés et respectés, et qu'il y a maintenant à Toulon une (toute petite, hélas) Maison de la Photographie avec une programmation ouverte sur le monde - car ils ne se refermaient pas sur eux avant que l'enjeu social d'un lieu ne brise leur moteur.
Je ne les cite pas parce qu'ils sont déjà présents, pour certains, ailleurs dans ce site. J'en profite pour dire que j'aurais voulu faire quelque chose sur Danielle Flayeux dont le travail est constamment intéressant, mais je ne trouve pas de photo d'elle... tant pis pour moi, depuis quinze ans je veux acheter une photo précise d'elle, et je ne passe jamais à l'acte.

Le Groupe 50


Il y a eu deux mouvements de groupe qui ont changé quelque chose dans les arts à Toulon dans la seconde moitié du XXème siècle.
Le Groupe 50.
Minos, photographes en Méditerranée.
Ils existent chacun comme un bout d'âme qui donne du mouvement. Je pose ici pour chacun un petit texte, comme s'ils étaient une personne.
D'abord, le groupe 50.
Je sais peu de choses d'eux, sinon qu'il y a trente ans, tout le monde soupirait de bonheur mystérieux "ah, le Groupe 50".
Ils sont décrits comme "ceux qui rêvaient d'autre chose".
Ils ont visiblement ouvert une brèche, d'autres s'y sont engouffrés.
D'abord, ceux dont je n'ai pas trouvé de trace (bien que l'une soit devenue l'épouse d'un autre !) : Monique Ducreux, Monique Rog, Jacques Burois.
Gilbert Louage est présent plus loin.
Je joins, exception, deux images de Pierre Anfosso (staélien, semble-t-il, il crée également des iris aujourd'hui) et Robert Mendoze, qui peint toujours dans son village de Saint Anastasie, et sur qui Samuel Estrade a réalisé un joli film. Parce que je ne les connais pas vraiment au delà de leur participation à ce qui est pour moi un mythe !
Il semblerait que dans les années 50, ils se soient limités à organiser une exposition ensemble et être suffisamment ouverts, communicatifs et rêveurs pour partager foi et rêve autour d'eux, et que cet élan suffise pour que la trace se perpétue.
Ce que je sais d'eux me confirme cependant des hypothèses qui se confirment au cours de la rédaction de ces notes : il y a ici un sens de la liberté personnelle, un rapport à la nature (les iris d'Anfosso...), d'un entraînement à rêver "autre chose".
Gérard Estragon a prolongé cet esprit en fondant le Rendez Vous des Jeunes Plasticiens - c'est peut-être bien du groupe 50 et de ses utopies que vient l'esprit d'égalité et d'ouverture qui y règne et qu'aujourd'hui protège Ariane Céris.

Jean Michel Fidanza


Chanson connue : encore un photographe.
Mais là, j'ai une réaction particulière : comme en ce qui concerne Annie Pascal, je peux et dois dire que depuis plus de vingt ans je vis avec des pieds de Jean Michel Fidanza.
Des pieds qu'il a photographiés.
Le jour où je l'ai défait de cette photo pour l'amener chez moi, j'ai lu en rentrant la petite phrase "parfois l'amour s'attache à des détails".
J'avais déjà décidé de vivre avec cette photo, mais ça a aggravé les choses, d'autant plus que le regard posé sur ces pieds n'a rien d'obsessionnel.
Il m'apparaît comme capable d'une délicatesse rare, comme un photographe, en quelque sorte !

Henri Olive-Tamari


Quand j'avais vingt ans, Olive-Tamari commençait à entrer dans l'histoire alors que je commençais à regarder l'art.
J'avais une admiration et de la sympathie.
Olive-Tamari, c'est d'abord la lumière, la couleur et une joie de ressentir.
Une façon, également, de se livrer librement à de la recherche.
Il y a beaucoup de toiles de lui où à travers un art du paysage que je n'aime pas forcément, mais qu'il a radicalement modernisé, apparaît le sens de l'espace et de la lumière.
Et puis il y a tout un ensemble de toiles qu'il appela surréalistes... et que je trouve lumineuses et pointillistes. José Lenzini a fait un beau livre sur lui qui gagnerait à ne pas être oublié.

Christine Madec Gomez


Elle a un côté fine mouche et sorcière enchantée qui désormais s'exprime à travers l'engendrement d'une armée de personnages à l'allure ethnique (il est d'ailleurs possible qu'elle ait inventé les ethnies en question, bien qu'elle vive avec quelques pièces d'art africain).
D'abord elle montre des corps (c'est incroyable ce qu'il peuvent venir par morceaux : tiens, j'ai oublié ma tête, tiens, j'ai un chouette noeud papillon, etc, etc...).
Elle paraît chercher aussi d'autres choses et cette recherche est en marche, mais ce sont ces quatre personnages que je choisis, deux sans têtes, deux avec, un homme et une femme. Mais peut être ne font-il qu'un ?

Jean Louis Duchier


Jean Louis Duchier perpétue ce qui m'apparaît comme traditionnel ici : la recherche d'une modernité qui prenne en compte climat, nature et cultures.
Son architecture allie curieusement pureté et espace, et insertion dans le mouvement du paysage.
Il a un sens de l'agencement fonctionnel des blocs qui fait que dès que je regarde un de ses batiments, le mot architectone résonne avec délices dans ma tête.
Mais, surtout, c'est sa volonté de suivre les lignes naturelles, de s'en servir et de les protéger qui me touche.
C'est avec un peu d'humour que je choisis ici le batiment de... l'émissaire du Cap Sicié, car lui aussi a été dessiné avec un sens de la symbiose avec la nature.

dimanche 8 juin 2008

Caroline Tabet


Elle utilise toutes sortes de matériaux qui foisonnent, mais à y regarder de plus près le sujet est clair, simple et urgent.
Des mots, français, arabe, hébreu, qui ne racontent pas mais posent et appellent.
Des photos, des objets, des matières.
Une oeuvre est toujours un tissage, mais il y a des tissages et des entrelacements de textile véritable, parfois une sorte de broderie pour rendre entiers des sujets qui se réunissent dans son travail.
Une très grande photo d'un immeuble de Beyrouth, avec cette silhouette particulière des immeubles bombardés, modernes mais qui prennent l'aspect dramatique de ruines antiques; dans une fenêtre subsiste la vie : il y a du linge qui sèche.
Qu'y a-t-il au creux du vivant et de l'humain ?
Qu'elles soient simples ou complexes, il me semble que ses travaux rendent compte du même sujet et l'explorent; je choisis l'image d'une sorte de tour de métal rouillé (qui fait partie d'une série). Sa forme et sa présence, dans la paix du végétal fort et fragile qui pousse, vivant, en silence, paraissent trouver leur juste place dans le mouvement des choses, survivre et vivre.

Jean de Mailly


Un chapitre entier de l'histoire du goût pourrait être écrite à partir de la frontale du port de Toulon et les rapports qu'entretiennent les toulonnais avec elle.
Ses habitants, en général, en sont très contents.
Jean de Mailly (voir par ailleurs la partie de la reconstruction de Toulon confiée à un varois, Mikélian) a d'abord, en 1951 été très applaudi pour son projet, qui a fait l'objet d'une exposition... grandeur nature, au ... Salon des Arts Ménagers ! Mais notons que l'année d'avant, c'est la Cité Radieuse de le Corbusier qui avait été exposée au Salon des Arts Ménagers !
Ce que l'on voit ici est la maquette grandeur nature présentée à Paris.
Succès critique, succès politique, succès populaire, l'opération fut considérée à l'époque comme le phare de la reconstruction française. Elle commence à peine à être regardée et réhabilitée, aussi bien matériellement qu'intellectuellement.
Mais, verve populaire toulonnaise oblige, elle n'a pas encore fait l'itinéraire historique de la Cité Radieuse ou de la Ville du Havre (dont le béton est maintenant classé patrimoine mondial de l'humanité).
Jean de Mailly, dont c'est la principale réalisation, contrairement à Marseille et au Havre, a fait entrer dans son projet des éléments de rapport au climat, à l'imaginaire de la ville, à la culture méditerranéenne métissée - moucharabiehs et ornements antimodernes et arabisants partout, dont on peut voir qu'ils sont en écho avec, à trois cent mètres de là, les immeubles de Mikélian au Port Marchand, qui sont aujourd'hui mal mis en valeur et isolés.
C'est le même réflexe que celui de le Corbusier au Pradet, qui une seule fois dans son travail s'est laissé aller à une telle sensibilité au climat et à la nature environnante. Parfois l'âme des lieux dépasse les architectes, même modernistes...
Encore dix ans, et on risque le classement aux monuments historiques, d'autant plus que la dernière rénovation est enfin juste (et n'oublions pas que la Villa de Noailles, à Hyères, a manqué d'être détruite...).

Goulven


Autant le dire tout de suite : je ne comprends pas qu'on ne comprenne pas ce que fait Goulven.
Il travaille le métal, chose violente et difficile, et il y a toujours une aventure et des dangers qui traversent le parcours de chacun de ses travaux.
Mais plus le temps passe et plus j'admire ce qu'il fait.
Je choisis l'image de son oeuvre la plus problématique, je la trouve exceptionnelle, et elle a pourtant été à l'origine de jugements très durs, et, pour tout dire, inconscients, me semble-t-il.

Gérard Serre


Et voilà, encore, encore, un atypique, qui traîne ici, qui traîne en Suisse, qui emmène d'ici à là-bas une singularité.
Il engendre autour de lui un bestiaire toujours drôle et impressionant, enfantin et donc plein de sortilèges, brut, il faut des prouesses en utilisant les matériaux les plus difficiles à travailler (connaissez d'autres utilisations du verre qui ressemblent à celle-là ?).

Baboulène


Il y a trente ans, nous n'en pouvions plus de Baboulène, il nous révoltait comme l'art de notre temps le révoltait souvent.
Son image était tellement forte qu'elle bloquait tout, alors nous en voulions à tout le monde, lui, sa galerie, sa notoriété (il y a eu un Musée Baboulène au Japon...), et une chose qui nous révoltait encore plus : il était capable de faire plusieurs fois le même tableau, mais il faut bien voir la volonté de faire plaisir qui se cachait là.
Si l'on essaie de raconter une histoire, le temps qui passe, il faut quand même bien se résoudre à une chose : il a existé, et il y a aussi quelques belles choses dans ce qu'il a fait - le reste appartient à l'histoire collective. Le provincialisme et le conservatisme ne viennent pas forcément des personnes qui ont été prises dans leurs filets.

Eric Principaud


Avec lui vient une phrase que j'écris, contrairement à toute attente, vraiment sérieusement : la photographie consiste à donner à voir ce que l'on ne peut pas voir.
Singularité de l'angle de vue, tirage à la limite de l'idée de tableau, perfectionnisme : il y a peu de mots pour décrire et définir ce qu'il fait.
Cette photo résume bien son travail au delà des mots, et se trouve en symbiose avec ce que font et ont fait bien d'autres urbanistes, photographes et dessinateurs ici.
Le lieu qu'il nous donne à voir est l'un des plus incroyables incidents d'urbanisme que j'aie jamais constaté. Un souterrain à ciel ouvert en plein centre de la ville, stratégique pour la circulation, où, quand l'automobiliste passe, une fracture se crée et ouvre la porte à l'imaginaire.
Mais là c'est la réalité qui a imprimé l'image, seuls sont à la source les choix de l'angle de vue, du moment en fonction du climat et de la lumière, les choix faits au tirage.

samedi 7 juin 2008

Pierre Letuaire


"Les vieux types provençaux s’en vont : quelques-uns d’entre eux n’existent même plus que dans la tradition ; nous voulons rappeler ici ces types, et rendre la physionomie de ceux qui survivent encore aujourd’hui. Nul plus que M.Letuaire, de Toulon, n’était apte à rendre ces physionomies pittoresques et piquantes”. Letuaire a choisi les thèmes suivants : “Lou Cabanoun, lei Répètieros, lei Bugadièros, Nervis et Quecous, Peissounièros et Pescadous, lei Paysans, lei Francios, lei Gavouès, etc".
Et encore un dessinateur ! Letuaire, de l'après révolution aux balbutiements du monde industriel, a été un témoin, et a appris le dessin à nombre de jeunes gens qui ont ensuite vu une autre modernité se développer (il me semble même que Pertus a été l'un de ses élèves).
On voit par ailleurs très bien sur ce dessin que la Provence était ouverte sur le monde bien avant le développement du tourisme !

Patrick Sirot


Encore quelqu'un qui peut être classé parmi les dessinateurs, mais son imaginaire dépasse largement l'espace que l'on imagine à partir de ce mot, tout en présentant les mêmes caractéristiques.
C'est charnel, un peu poignant quant à la condition humaine, ce sont des images qui me vont alternativement penser à Goya et Ernest Pignon Ernest.
Avec parfois l'apparition d'une fantasmagorie personnelle tout à fait étrange - elle devrait être fantasque, et pourtant elle ne fait que renvoyer à la condition humaine.
Souvent, ses dessins ramènent à mon esprit que l'homme est un prédateur, et en plus le prédateur de lui même, et qu'en plus sa conscience lui permet de le représenter et de le penser.

Frank Lovisolo Guillard


Voilà quelqu'un qui lorsqu'il veut parler de sagesse, dans une atteinte quasiment bouddhiste, cite... Franck Zappa (d'ailleurs, c'est un autre Franck, un c en plus).
Il est musicien, aussi, mais quand il fait de la musique, il lui arrive de le concevoir comme une installation.
Il est réfugié à Aix, mais il est né et a travaillé à Toulon. Cela arrive.

Claire Dantzer


Elle utilise principalement la photographie et la vidéo.
Des visages, beaucoup de visages, et l'expression de ces visages, souvent occupés, exprimant malgré eux.
A la limite du tabou, jeux de masques, jeux d'identité. Parfois un peu cruels pour la dignité, révélant le mouvement des apparences de soi provoqués par le désir à l'oeuvre.

Stanislas Amand


Stanislas Amand ne fait pas trop parler de lui, enseigne à Paris, et c'est ... un photographe.
Un photographe de l'espace construit et habité : ce qui l'intéresse, il me semble que ce sont les improbables vides spatiaux, parfois pauvres, et la présence humaine, riche, comme en apesanteur. Il est aussi urbaniste.
Il photographie aussi la présence des personnes dans la nature... lorsqu'il est à Toulon.
Vraiment, il ne fait pas assez parler de ce qu'il fait, parce que tout ce qu'il fait est d'une post-modernité parfaite, ce qui me touche, et je ne suis pas le seul à le penser. D'ailleurs, saviez vous qu'il a été carrément hôte de la Villa Médicis ?

Gilbert Louage


Encore un atypique.
Très atypique, et il est là question de lumière, d'une aveuglante et troublante lumière intérieure !
Il a fait de tout - il a dû, si je me souviens bien, disparaître au tournant des années 80.
Son entourage irradiait d'affection, d'admiration, de respect et de regret bien après cela.
Des toiles, beaucoup de toiles, des illustrations - qui brûlent littéralement la notion même d'illustration, souvent pour le théâtre, des décors, des costumes.
La religion, là encore apparaît souvent, comme une blessure sans cesse réparée.
Mais ce qu'il laisse est un art aussi peu à la mode que l'est aujourd'hui son oeuvre (le temps qui passe réparera cela), une oeuvre de tapisserie et de broderie qui laisse pantois. Minutieuse, gigantesque, lumineuse.

Albert Decaris


Il était né en 1901. Pour moi c'était un vieux monsieur sympathique, secret, éclairé et capable d'acharnement.
C'était un graveur. Ne rechignant pas au travail, sa précision a fait qu'il a réalisé la gravure de nombre de timbre-postes français que vos doigts ont collé pendant de nombreuses années.
Il semblerait même qu'une bonne partie des spécialistes le considèrent comme le plus grand graveur français du siècle dernier.
Je me suis intéressé à son univers - qui me reste assez étranger - à cause d'un fait en lui-même très varois. L'ancien "Cercle Républicain" du Revest, qui existe toujours, fait partie de ceux qui ont constitué une collection d'art. Cette pratique populaire et républicaine m'a toujours époustouflé. Que fait on dans les deux ou trois cercles républicains qui restent (jusque dans les années 70 le Var était empli de ces sortes de bar associatifs conviviaux et engagés) ? On boit un coup, on parle de liberté, d'égalité et de fraternité.
Et, que l'on soit érudit ou non, entre deux pastis on peut participer à la constitution d'une collection, atypique, collective et émouvante !
Il y a un très beau Decaris dans la collection du Cercle Républicain du Revest.
L'univers personnel d'Albert Decaris, qui reste assez méconnu, était extrêmement moderne, au sens des années 50, et totalement illuminé jusqu'à en être surréel. Avec un rapport profond à l'illumination spirituelle, qui passent par des images religieuses qu'il ne faut pas lire comme cléricales.
L'oeuvre laissée est volumineuse, impressionante, chatoyante.
Il a également constitué une sorte de cartographie élective en représentant l'univers méditerranéen : on trouve de lui une foule d'images puissantes, allégoriques et éclairées d'Italie, de Grèce...

Henri Pertus


Mais pourquoi garde-t-on d'Henri Pertus l'idée d'un peintre imagier ? Sur cette photo de jeunesse, nous sommes en 1933.
Oui, il a beaucoup donné à la dérive paysagère provençale, mais pas seulement...
Il admirait Braque, et lorsqu'on pénètre un peu dans son oeuvre, même effet qu'avec Nardi : une qualité de propagation des formes apparaît, un jeu de dessin et de couleur se confirme.
Il est l'un des grands du passé dont une relecture est urgente.
Cela d'autant plus qu'elle serait facilitée par sa famille, qui garde de lui une mémoire précise, intime, même (cette photo est intitulée "l'atelier de Riri", les grands hommes aussi peuvent avoir une face intime et tendre !).

Rémi Kerfridin


Un illustrateur est il un artiste ? Evidemment, dans mon petit monde, non non non, c'est un artisan.
Mais en ce qui concerne Rémi Kerfridin, on va un peu au-delà. Il dessine, notation juste et chaude du paysage et des mouvements humains, aussi chaude qu'il sourit souvent.
Depuis qu'il dessine, l'édition sur la région de Toulon est devenue heureuse.
Ce dont il a l'art, c'est de transformer le regard des autres. Pas mal, pour un artisan dont l'ensemble du travail garde toujours le même niveau de qualité.
Il y a quelque chose d'enfin tranquille dans le regard sur ici qu'il a fait changer, certainement sans le vouloir, sereinement.
Evidemment (et encore une fois de plus) son nom laisse supposer qu'il vient d'une autre rive, ce qui grandit l'affection qu'il crée sur la beauté de la nôtre. Ce qui me fait penser qu'il y a ici un regard particulier sur la présence de l'étranger, contradictoire souvent mais permanente, richesse toujours vécue paradoxalement. Il y a vingt ans, Toulon n'était jamais regardée, jamais analysée, et il n'y avait strictement aucune édition locale.
Depuis 1995, inversement de tendance, jamais il n'y a eu autant de publications où l'on écrit, photographie, dessine ce qu'il y a ici. Le choc de l'élection d'une municipalité Front National avait créé la première vague d'édition de livres, chacun y allant de son hypothèse et de son regard, et la présence d'un grand éditeur, Mourad Boudjellal, capable de prendre des risques et d'agir grandeur nature, avait fait le reste.
Rémi Kerfridin à lui tout seul est le second phénomène qui a tiré la rade de l'ombre. Avec une modestie, avec une chaleur et une perfection qui vont plus loin sans grands mots.
L'idée même qu'il y a ici un patrimoine a été redécouverte et acceptée en majeure partie grâce à lui. Si une chose peut-être être dépeinte par Kerfridin, c'est qu'on pourra voir sa beauté.
La couverture de son dernier livre le prouve, bien qu'elle ait été prévisible. D'un côté, la très belle église baroque du cours Lafayette, longtemps diluée dans l'ancienne nonchalance urbanistique, de l'autre, ce que les toulonnais ont toujours abhorré mais que Renaud Camus, dans un livre coquin, désignait comme "la frontale du port que l'on verra certainement un jour comme un bel ensemble IVème République". C'est fait, le ministère de la culture consacre même un site internet entier au phénomène.
Rémi Kerfridin est le premier qui aura su dessiner cela en le reliant à tout son environnement.

vendredi 6 juin 2008

Josée Sicard


Elle joue du regard à travers toutes les technologies qui sont à sa disposition.
Josée Sicard propose avec constance un travail qui m'a toujours semblé à la fois curieusement lisse et critique à la fois.
Cultivé, sophistiqué, son travail va de pair avec une sorte de sens des responsabilités qui sonne curieusement avec ce qu'elle cherche à exprimer, avec une modestie contredite par sa capacité de perfection, sur la condition humaine au temps des technologies de la perception. Sur les avatars de l'image de soi au creux de la vie quotidienne, toujours dans une perspective qui fait que toute l'histoire de l'art se met en lien avec les façons les plus banales de regarder et d'être vu.

Ian Simms


Il ne fait pas de bruit bien qu'il soit joueur et expansif.
Il est facile de savoir qu'il sait travailler le bois, plus difficile de savoir qu'il a un travail de longue date, enraciné depuis qu'il est parti d'Afrique du Sud et, c'est rare ici, d'un grande liberté d'utilisation des tous les jeux de média de toute sorte.
On y trouve un grand recul sur l'histoire des hommes, l'idée des choses brutes, le respect et la dérision sur les valeurs et croyances qui faussent le regard d'une civilisation sur l'autre.
Il y a là dedans un très étrange et généreux écho aux dialogues rudes qui existent en Méditerranée et à ceux qu'il a laissé derrière lui en Afrique du Sud.

Raoul Hébréard


A pas sûrs, originaux, d'une culture et d'une simplicité qui voguent dans l'air du temps avec une capacité de réflexion et de recul tendre sur le monde qui vibre, Raoul Hébréard est un ovni très calculé qui correspond totalement à un grand nombre de mes soucis permanents, ceux qui me connaissent l'auront certainement anticipé.
Dommage qu'il ne voyage pas plus, il ramènerait ici toutes sortes de choses inattendues.

Solange Triger


Longtemps elle a peint et je lui trouvais quelque chose de commun, une veine avec Plagnol et certains peintres (oui, oui, au sens peinture d'ici et maintenant).
Peu à peu, de sa présence discrète s'est dégagé un travail un peu plus complexe; beaucoup de dessins notamment. Elle dessine les éléments du paysage, la vie des éléments quand ils donnent à voir une forme qui émeut.
J'ai choisi un dessin nommé banquise.
Elle est née au Maroc, elle a fait tout un itinéraire raffiné à Toulon, s'y est fait reconnaître sans avoir à partir bien qu'il lui arrive d'exposer un peu partout.
Dans les affinités qui se dessinent dans ces pages, je n'imaginais pas avoir à ressentir et dire que la fine précision de sentiments qui accompagne ses travaux va de pair avec le fait qu'il y a ici beaucoup de photographes et que l'idée de dessin y prend un sens.
Et, mais c'est un autre sujet, m'amuse le fait que plus loin ici j'ai pris plaisir à parler de Delacroix orientaliste, choisissant ici pour changer d'espace en revenant du Maroc où sa vision du monde et de son travail avaient changé.
Nous restons dans le même espace et les mêmes rives et montagnes, des lumières qui ont une fraternité et des éclairs, et un même sens de la notation et des mythes personnels.

jeudi 5 juin 2008

Charles Louis La Salle


Oui, j'ai craqué !
Je me retiens depuis trois mois et quarante-six artistes de faire entrer ici Charles Louis La Salle.
Pourquoi, allez je me lâche même si ce n'est pas gentil. C'est horrible d'autant plus qu'il est quelqu'un d'absolument civilisé, ouvert, intelligent et chaleureux.
Oui, Charles Louis La Salle est un artiste. Mais à mon avis, il est avant tout un illustrateur. Et j'ai peu d'affinités avec ce qu'il fait, allez, c'est dit, mais j'ai quand même sympathie et chaleur, et il a sa place dans l'histoire... c'est difficile à contester.
Sa rencontre avec Aragon a été forte, elle a embelli les jours du poète de plus en plus assombri l'été à la résidence du Cap Brun.
Elle lui a fait écrire des choses enflammées.
Il représente la liberté, la force de l'individualité, un goût de l'espace. Et la volonté de reconnaître une sensualité.

Vincent Courdouan


Et justement, Vincent Courdouan est mon peintre toulonnais ancien de très loin préféré (bien que l'ancien élu à la culture du Front National, de sinistre mémoire, ait écrit sur lui).
Il a excellé dans la technique (Gustave Doré n'a rien à lui envier, et je ne dis même pas ça par cynisme !), et su porter les techniques maîtrisées de son époque, les thèmes à la mode, à un niveau d'expression personnelle qui définit la grandeur.
Pas besoin de servilité chez lui, il a même été l'un des premiers conservateurs du Musée de Toulon sans pour cela faire d'effort, et par là développé une sociabilité que certains pourraient qualifier de mondaine dont on trouve encore des traces dans les mémoires.
Le Combat du Romulus (il est bien restauré et exposé au Musée de Toulon) est un des naufrages, en peinture, qui dépasse l'archétype. Dommage que je n'aie trouvé qu'une mauvaise reproduction. J'adore, d'autant plus que je vais souvent me baigner à cet endroit (qui n'a pas tant changé que ça depuis !).
Il a énormément peint l'Algérie, également, sans pour autant faire partie des orientalistes.
Encore un rapport au paysage, aux impressions premières, à l'ubiquité méditerranéenne, à l'individualisme et l'universalité.

Paulin Guérin


Non seulement j'ai peu de goût pour le classicisme (tous les classicismes), mais en plus Paulin Guérin m'apparaît comme l'archétype d'un conformisme (à un tel point que je pense qu'il y a certainement dans sa démarche quelque chose d'ultra conservateur et même servile qui préfigure, un siècle avant, le vote Front National d'un quart de la population toulonnaise). Mais que voulez vous, un fils de serrurier doit trouver tous les moyens pour survivre, y compris celui de n'exceller que dans le portrait de ceux qui ont les moyens et le besoin de se le faire faire...
Il y a par contre un truc drôle avec lui : si vous allez à Baltimore, le Christ mort de la Cathédrale, c'est lui (il a même eu des médailles pour ça, le pauvre : ça me confirme ma méchante opinion).
Pire encore, c'est Louis XVIII, dont il a fait le portrait, qui a offert le Christ de Guérin à Baltimore. Art officiel, donc, et en plus, la Cathédrale de Baltimore a été la toute première du Nouveau Monde. Officiel, peut-être, mais prêt à traverser les mers et créer de nouveaux mondes. Dommage que pour se donner la chance de cela il faille se réfugier dans un conformisme.

Alain Diot


Solide et original gaillard, Alain Diot (d'ailleurs Herrero a écrit sur lui et ils ont ensemble parlé d'art et de rugby jusqu'à l'ambassade d'Australie). Il a poussé entre Saint Mandrier et Toulon, il s'est installé à Saint Maximin, je crois. Il a fait de tout, mais on le reconnaît toujours, et avait en commun avec les rugbymen d'être capable de puissance et d'une délicate sensibilité en même temps.
Ce qui m'amuse en le plaçant ici, c'est qu'il a des points communs avec Magali Latil.

mercredi 4 juin 2008

Magali Latil


C'est incroyable comme Magali Latil est une dessinatrice - une sorte de dentellière de l'espace.
Elle arrive à donner à voir et ressentir quelque chose qui pour moi relève de la féminité réelle - non pas des archétypes féminins, mais la sensibilité féminine.
Pourtant, elle donne forme aux mouvement - je les ressens comme des mouvements souples du corps lorsqu'il réagit dans l'espace, prenant en compte le vent, la chaleur, la présence d'autre corps, l'incongruité de se sentir exister.
C'est un travail rare, fragile, mais qui existe sans discussion.
D'ailleurs, depuis des années je pense à Magali Latil, et je suis tout étonné d'avoir réussi à assembler des phrases qui me semblent décrire ce qui se passe dans ce qu'elle fait.

Didier Demozay


Simplicité, couleur, lumière.
Didier Demozay est aussi discret que ses travaux sont clairs, fermes et sans ambiguités, emprunts de puissance et d'énergie naturelle.
Il vit dans le Haut-Var.
Très curieusement - cela est certainement dû à Marie Claude Beaud, époque toulonnaise, c'est à Toulon qu'il a obtenu ses premiers regards sur son travail, et la reconnaissance qui en découle.
Maintenant il est reconnu un peu partout ailleurs, et en dehors de gestes de l'Hôtel des Arts lorsqu'il puise les collections ou de l'Espace Peiresc, on ne l'y voit que peu. C'est dommage.

Georges Rousse


Il est apparu, dans les années 80, un photographe au milieu des peintres du retour à la peinture (tiens, encore un photographe).
C'est Georges Rousse.
Il dessine, aussi.
Mais son travail dépasse son cadre, ce qu'il photographie en est un état.
Il investit des lieux.
Comme on disait autrefois, il y intervient. Il photographie le résultat. Souvent, il s'agit de ruines modernes. Une vie d'après le moderne s'y dessine. Créer dans le créé, disait on (depuis, on l'agit).
J'ai longtemps suivi Georges Rousse, un peu partout en Europe - ses travaux voyageaient souvent le long de mes pas attirés par les soubresauts médiatisés de la création vibrante d'alors.
Et un soir, il m'a dit qu'il était souvent à Toulon, qu'une partie de ses travaux d'alors y avaient été initiés.
J'ai ressenti alors ce qui transpire de tout ce qui se montre ici - un rapport individuel subjectif à l'espace, la nature et le construit.
Ressentir l'esprit des lieux et leur donner de l'esprit.

ivan M.


Il fait des formes d'où surgit la lumière. Il s'appelle M., et je ne peux pas m'empêcher, dans le rapport que j'établis à ce qu'il fait, de parler de M. (le musicien) parce que dans ma tête il y a un parallèle qu'il comprendra (?) M. est le fils de Louis Chedid (j'aime M, mais Louis Chedid est de ma génération et en a écrit quelques grands sons), et je vouais une passion à Andrée Chedid, la mère de Louis (donc la grand-mère de M., le chanteur, pas l'auteur de sculptures lumineuses). Andrée Chedid est l'une des plus grandes poétesses de langue française (elle est libanaise, et les méditerranéens illuminent le français avec un élan unique, symbolique, élégant et fort). Ces mots, certes couverts, sont pleins de parallèles.

ivan M. fait des luminaires justement uniques, symboliques, élégants et forts, avec un vocabulaire issu de relectures modernes des grands mythes et images de Méditerranée. C'est ainsi que je le vois, du moins. Ses oeuvres sont singulières et n'appartiennent qu'à son élan propre. Elles se situent cependant à mes yeux dans une continuité, des rêves, des utopies et une volonté de partager la beauté qui nourrissent une bonne partie de ma vie depuis qu'un jour de 1978 à Toulon j'ai porté mes pas dans une étrange vallée, entre de raides et sèches collines où deux yeux noirs, lumineux, justement, m'avaient un air déjà connu et jamais vu sur le continent.

Les sculptures de lumière d'ivan M. conjuguent à mes yeux un ensemble de verbes où se croise le don de la force, le respect des mythologies, qu'elles soient personnelles ou issues de la lecture d'histoires dans l'histoire. Il y ajoute l'humanité d'une lecture autre de l'éclairement.

mercredi 21 mai 2008

Guy Thouvignon


Guy Thouvignon est une énigme, comme beaucoup de photographes, et il y a beaucoup de photographes à Toulon (mais je crois que je l'ai déjà dit, non ?).
En fait je crois qu'il est un photographe de mode (mais que penserait-il de cet ukase).
Ses photos sont souvent froides, glacées, à l'opposé de ce qu'est sa présence personnelle. Je crois que l'on ne connaît qu'une très petite partie de ce qu'il fait.

Chantal Teyssier


Elle n'habite plus Toulon, mais y a vécu de forts moments, elle est réfugiée aujourd'hui au pied des Pyrénées, dans un endroit comme je les aime vraiment.
Elle résiste, persiste, à y faire ce à quoi elle croit : des documentaires sociaux, des médias où le public est la source.
C'est d'abord une amie très, très chère, que je vois trop peu.
Exception : voici deux photos d'elle.
Elle est sur l'une (non, elle n'est pas une chèvre, donc c'est l'autre).
Je crois qu'elle est une grande photographe; je crois aussi qu'il faudrait un jour que je trouve le temps de le faire savoir à quelques personnes pour qui cela compterait.

mardi 20 mai 2008

Marie Lyne Costantini


Je ne sais franchement pas ce qui se passe avec Marie Lyne Costantini.
Un style régulier, un savoir faire, une constance, des sujets, et très peu de reconnaissance.
Certes le travail matiériste peut parfois lasser tant il est ici présent.
Mais à ce niveau là, on pourrait attendre plus.
Peut-être faudrait-il qu'elle cherche à laisser écrire sur elle... pourtant, deux regards suffisent à convaincre.

Sylvie Gérard


C'est une voyageuse, et en se posant à Toulon elle apporte un bout d'Afrique, intériorisé, qui sonne vrai.
Elle allie naïveté et sophistication, croisement de vocabulaires et langages mêlés.
En ce moment, elle va dans des directions qui rejoignent parfois mes exigences : séries de poches de plastiques égrenant les billets de train de voyages répétés, chaque billet se dégradant différemment, racontant une histoire.

Colette Chauvin


Oui, surprise, je respecte, admire et aime Colette Chauvin. Vous avez certainement remarqué qu'il manque ici un pan complet de la peinture toulonnaise (celle qui se vend pourtant extrêmement bien, même au Japon et aux Etats Unis).
Que voulez vous, ce site est subjectif.
On n'y trouve même pas Germaine Parano, dont l'oeuvre avait fait scandale dans "Support Surfesses" - d'ailleurs Madame Baboulène s'était fendue d'une lettre pour exprimer toute sa révolte. Je peux le dire aujourd'hui, Germaine Parano et ses serpillières serties de liquide à vaisselle militant pour l'égalité, c'était moi, et je n'ai jamais fait d'autres oeuvres.
Mais revenons à Colette Chauvin. Elle, elle en fait, des oeuvres.
Que certaines trames de sa "façon" puissent apparaître parfois surannées ne fait que me plaire.
Parce qu'il y a une recherche de réalité, de douceur et de pureté qui s'imposent.
Parce que je n'ai vu d'elle aucune oeuvre médiocre ; parce qu'aussi elle ne s'impose jamais - y compris dans ses façons de s'exprimer personnellement.
Ses oeuvres s'imposent d'elles mêmes et passent le temps en gardant le même impact.

lundi 19 mai 2008

Antoine Loknar


Il est très à part dans cette collection de personnes au travail - Antoine Loknar est, il me semble, yougoslave (je sais bien, cet espace n'existe plus). C'est bête, mais à cause de cela j'ai toujours eu envie de faire des parallèles avec Velickovicz.
Il y aurait des points communs dans l'énergie, la représentation de violences.
Et aussi dans le fait qu'il y a l'apparition de l'émotion brute, qu'il y aussi du dessin et quelquefois l'apparition d'une narration.
S'il n'y avait pas eu quelques galeries privées, dont l'Espace Castillon (jeunes gens, le phénomène est récent, si vous saviez comme nous en avons manqué en d'autres temps !), nous n'en aurions peut-être jamais entendu parler, et pourtant, oui, il appartient à notre espace.

Henry-Noël Aubry


C'est l'occasion de revenir sur deux grands tabous dans l'art : l'artisanat et le travail de commande.
Henry-Noël Aubry est mosaïste.
Difficile de faire mieux dans la symbolique historique : en Occident, le travail de la pierre touche au sacré, je ne sais toujours pas vraiment pourquoi, et les mosaïques romaines sont parmi les oeuvres les plus touchantes qui existent.
Alors, double tabou, double provocation, voici une oeuvre d'art qui est de l'artisanat et de la commande, et un clin d'oeil humoristique et chic en même temps. Ce que vous voyez ici est le sol de l'une des plus grandes chocolateries du monde, à Paris. Rare et mythique, et d'ailleurs plus connue dans le monde qu'en France. Figurez vous que c'est Henry Noël Aubry qui a réalisé cette mosaïque. Et qu'il en émane un sentiment, une grandeur atemporelle qui est un des signes de l'oeuvre d'art.

jeudi 15 mai 2008

Michel Dufresne


En fait, je regrette de ne pas m'adonner plus à la peinture, préférant généralement les jeux intellectuels incongrus dans le temps et l'espace.
Michel Dufresne fait partie de ceux qui me rappellent que ma pratique des arts plastiques est trop personnelle pour être agréable.
Comment dire ? Il peint. Bonhomme carré et sensible, je ne sais pas pourquoi, si je dois définir sa peinture, je n'arrive pas (mais je n'ai jamais été très fort avec la peinture) à me représenter autre chose que du jazz.

Serge Mikélian


Au milieu du XXème siècle, un architecte varois, moderne, a reçu le Prix de Rome. Qui s'en souvient ?
Il a rêvé - et travaillé - à appliquer la Charte d'Athènes à Toulon : de l'air, de la lumière, des circulations faciles.
Pourquoi l'a-t-on oublié ? Parce que son projet, le Port Marchand, a été réalisé n'importe comment jusqu'à devenir l'erreur qu'on sait. En fait, si vous regardez bien certains immeubles du Port Marchand, vous remarquez une qualité ornementale, des lignes pures, des orientations bien calculées vis à vis du mouvement du soleil. C'est lui.
En fait, le Port Marchand aurait dû être comme sur la maquette ici en photo : cohérence a contrario avec les voies de circulation, ouverture, cohérence avec le soleil, la mer et les vents, bassin artificiels... Confort pour tous et paysage au plus large.

vendredi 9 mai 2008

Sacha Koutseff


Qu'il ne se vexe pas : c'est le Géo Trouvetout de l'art contemporain ici. Il ne se vexerait pas parce que je l'ai déjà souvent maltraité avec ce type de réflexion.
Ingénieur (catapulteur d'avions), il a un langage poétique à lui, qu'il a toujours défendu dans toute adversité.
Il faisait des mobiles (avec le modèle indélébile de Calder, et aussi de Miro), il est moderniste, il joue avec la technologie.
Mais il rencontre profondément la sensibilité et l'esprit commun que je perçois à ceux qui créent en ayant vécu ici : un rapport aux éléments, un atypisme personnel sont parmi les choses qui le prouvent.

Pierre Tilman


Comment dire ? Pierre Tilman me manque. Je sais, il n'est pas loin (Salernes). Poète, poète contemporain, en tribu avec Robert Filliou (et là on retrouve Dechifre), balise de l'amitié dans les univers esthétiques, je suis sûr de n'avoir jamais compris vraiment tous les mondes qu'ouvrent ses petits personnages, ses mots, ces sortes de séries qu'il lance dans les airs.
Il a beaucoup publié. Il a pas mal exposé.
Pourquoi n'y a-t-il pas de grande expo sur lui (et ses amis, je ne peux pas m'enpêcher de le penser comme cela!).

Jean Pierre Le Boul'ch


Assez oublié, le Boul'ch, et pourtant c'est un grand, et pourtant il a eu sa rétrospective à la Villa Tamaris (il y a deux ans).
Le Boul'ch est un fils de Toulon entièrement formé sur place et dont les travaux n'ont pas eu de frontières, ont croisé toutes les grandes idées avec modestie et implication.
Le conservatisme qui règne ici aujourd'hui me pousse à rappeler qu'il témoigne, comme bien d'autres d'alors, qu'on peut être toulonnais et ouvert, toulonnais et connu. Avoir participé aux mouvement de recherche, de risque intellectuel.
Et pourtant ! Il a réussi à laisser une trace en tant que peintre - c'est pour moi le comble du conservatisme ! - tout en participant activement à la Nouvelle Figuration, tout en se livrant à de l'interdisciplinaire : il a fait des films, utilisé toutes les sources et matériaux possibles.
Je ne sais pas pourquoi, il me fait penser aussi à Hantaï (mais c'est une autre histoire).

mercredi 30 avril 2008

Eugène Delacroix


On oublie souvent comment Toulon a joué le rôle de point de départ et de retour de rêve de voyages. Delacroix rentrant du Maroc, y inventant la peinture orientaliste, donnant des lettres de noblesse aux carnets de voyage, y a passé le temps qu'il fallait pour "décompresser", effectuer la transition avec l'Europe, contribuant à créer cette image d'extraterritorialité - presque une insularité, une ville de bord de mer dont on a l'impression qu'elle pourrait se détacher du continent et partir à la dérive, porteuse de la décadence d'anciens rê ves coloniaux.... Nos imaginaires méditerranéens sont marqués par ce statut extraterritorial. Lorsque le bateau "la Perle" le dépose à Toulon, le 5 juillet 1832, il écrit à ses amis parisiens à propos de l'atmosphère d'émeutes qui règne dans la capitale que l'on "ferait bien d'aller au Maroc apprendre la patience et la philosophie", et, là dessus, il ne rentre pas à Paris. Il reste sur la rade quelque temps, à Tamaris principalement semble-t-il. Plus tard, George Sand lui écrira de là, aussi, semble-t-il, trente ans plus tard.
Je ne peux pas m'empêcher de citer à ce point de la réflexion une phrase de Farrère dans "Les Petites Alliées" : "tu verras, Toulon ce n'est pas la Province, c'est l'étranger, ou plutôt la colonie".

Elian Bachini


Et encore un photographe. Elian Bachini est surtout connu pour son travail sur la danse, mémoire construite avec persévérance, douceur et humour tout au long des éditions du Festival de Danse de Châteauvallon.
Mais il ne photographie pas que la danse.
Et ne travaille pas qu'en noir et blanc !
Même s'il note patiemment les mouvement des artistes sur scène, qu'il doit maintenant posséder une photothèque des plus gigantesques, tout son travail ne s'arrête pas là.
Il faut lui demander ses photos de voyage, tout spécialement celles qu'il fait en Italie, et à partir de là, faire des découvertes.

dimanche 27 avril 2008

Pascaline Richtarch-Castellani


"On danse", a longtemps dit Robert Richtarch qui partage sa vie et a longtemps partagé le moment du rêve juste avant l'oeuvre.
Maintenant, elle danse. Pascaline Richtarch a toujours créé des moments de danse personnels, inclassables, originaux, subtils et violents parfois.
Raconter l'aventure des sentiments, les chocs multiples de la mémoire, sans s'enfermer dans autre chose qu'un style personnel, la caractérise.
Autour de cela, elle a créé un vocabulaire - bien sûr, il ne plaît pas à tout le monde - certainement parce qu'il lui appartient et ne se coupe d'aucune liberté.

Les soeurs Théret


Il y a donc - deuxième allusion à ce fait dans ces pages - des photographes à Toulon.
Les soeurs Théret ont très certainement participé à ce mouvement.
Elles comptent depuis qu'elles existent parmi les portraitistes les plus respectées, dans le monde, aurais je envie de dire sans beaucoup me tromper.
Discrètes, perfectionnistes, les soeurs Théret sont aussi ouvertes, chaleureuses. Derrière leur vitrine de l'avenue Colbert, on sent la délicatesse de leur implication dans le travail du regard. Mais il y a aussi derrière cette vitrine la chaleur d'une écoute, et nombre de photographes ont su qu'ils pouvaient s'appuyer sur elles pour se faire connaître, et, parfois, tout simplement exister grâce à leur soutien.
Elles ne sont pas que portraitistes. La photo ci-contre en est un indice - je me souviens aussi de travaux sur le paysage, les rochers et la pierre de terres rurales, où je ressentais la marque humaine dans un paysage rude et beau - mais cela nous ramène à l'idée de donner l'image de la trace humaine, pas si loin du travail de portraitiste.
Elles sont le seul indice que je connaisse d'une forme de sociabilité toulonnaise cachée, enfouie dans les réseaux de l'intime, où brille l'intérêt pour la beauté de l'autre.
Mais il n'y a pas de Toulon que l'on vient pour se faire photographier chez elles.
Je suis l'heureux possesseur de cette photo - elle déménage avec moi dans les chambres que j'ai à Toulon, et j'ai eu la chance, un jour de pouvoir la choisir, chez elles, ce n'est pas un portrait mais c'est un véritable portrait, et il rend compte d'une partie pas toujours connue de leur travail.

jeudi 17 avril 2008

François Arnal


Grand bonhomme, François Arnal. Fils de viticulteurs valettois, j'ai du mal à m'habituer à l'idée qu'il soit né en 1924 - il est exposé avec constance. Il y a longtemps que rien n'a été fait autour de lui à Toulon. La série dont est extraite cette image est nommée "Carrés magiques", c'est une référence à Klee. Catherine Millet lui a consacré un très grand texte, dont je retiens une phrase : "ne pas occuper l'espace, le traverser"; c'est cependant un texte moins connu qui pose ce que je préfère : "l'émotion en temps réel". Il a toujours eu une maison au Pradet, dont la nature environnante porte des traces de son travail.
Il a toujours su se situer dans le mouvement planétaire (à l'époque des "mouvements", il a participé au développement des notions d'abstraction lyrique, en évitant l'emphase, et d'art informel. L'un pourrait bien être l'antidote de l'autre, et son art se suffit à lui même. Il a beaucoup voyagé, ses travaux voyagent beaucoup, comme en retour.
Ce carré magique a un nom : "Faiseur d'emmerde".

mardi 15 avril 2008

Corinne Battista


Elle travaille sur la vie quotidienne, les souvenirs, la mémoire. C'est une recherche qui mêle photographie et travaux plastiques, entre narration et distorsion consciente du réel, subjectivité décrite, émotion transmise et sens social déplié.
Ouverte et voyageuse, elle s'intéresse à la narration et à l'écriture, mais elle a appris ici et vit ici.
Je me dis parfois qu'elle prolonge la figuration narrative, qu'elle a des points communs avec ce que Giacobazzi a induit dans la mémoire toulonnaise.
Cela va bien sûr ailleurs et au-delà.

mardi 1 avril 2008

François Nardi


Il a été de son époque tout en s'adaptant aux besoins conservateurs du public local. François Nardi me semble être une joyeuse exception de modernité adaptée.
C'est un des rares peintres restés provinciaux sans rester provençal, dans ses techniques et ses visions circulent tous les grands vents du moment où il a vécu - il est mort une année symbolique, 1936.
Modernité et respect de cultures populaires. Cette toile n'est pas la plus époustouflante (d'autres ont la force de Signac sans ses maniérismes), mais elle me permet d'aborder la présence de l'italianité à Toulon, ni ouvrière ni d'immigration, mais d'échange.
Oui, Nardi a peint tranquillement des paysages vénitiens comme il a vendu des vues du Cap Brun, des vues toujours domestiques, comme si derrière les fenêtres on n'oubliait pas de faire dignement la sieste.
Giacobazzi prolongeait 50 ans plus tard cette réalité géographique : il avait une galerie vénitienne, des amis vénitiens, qui vous reconnaissaient avec plaisir dans la rue en se souvenant, et en connaissant la culture ouvrière seynoise. Et avec respect, s'il vous plaît, comme même les seynois n'en sont déjà plus capables.

Giacobazzi


Giacobazzi (Jean-Pierre, la génération suivante est en train de monter !) est emblématique. De l'ouverture d'esprit, d'abord, d'une façon de se situer dans l'histoire. Ses images ont toutes pour conséquence de prouver l'existence d'un "bonheur du métissage" tout à fait toulonnais, sans pour autant en oublier de décrire les difficultés de l'immigration. I
l m'est même arrivé de passer une nuit dans un tableau de Giacobazzi : dans mon compartiment du train Strasbourg-Milan-Rome, monte une toute vieille dame tout en noir, toute ridée, poussée dans le wagon par trois jeunes et forts fils, qui l'ont ensuite entourée d'une dizaine de cartons numérotés, direction : Naples. Elle m'a réveillé toutes les heures pour compter avec moi chacun des cartons.
C'est de la figuration critique, non ?

Gilles Clément


Un autre auteur de la Vallée de Châteauvallon, dont les travaux restent, eux aussi, à continuer. Il a en quelque sorte repris le flambeau d'Henri Komatis, qui avait dit dès le départ que le meilleur sort de ses oeuvres et constructions serait d'être un jour noyées dans la végétation.
Pas loin de Toulon il a aussi créé ce que je considère comme son principal jardin : le Domaine du Rayol. Il n'aime pas qu'on situe son travail dans l'art et revendique le mot de jardinier, ce que je trouve être une posture d'artiste, justement. Entre jardin planétaire et un goût pour arriver à faire vivre sur la même terre des plantes à première vue incompatibles, aujourd'hui il se déploie dans le politique, ça me rappelle une phrase de Leonardo Sciascia sur la "ligne du Palmier, qui pousse tout le long de la botte italienne et se développe en Europe..."

Henri Komatis


Je regrette de n'avoir jamais pris le temps de terminer un travail un tant soit peu sérieux sur Henri Komatis. Je crois que Simone et Henri Komatis comptent parmi les premières personnes que j'aie rencontrées en arrivant à Toulon - milieu d'après midi en juin, Henri sculptait les créatures de l'escalier, Simone lui tenait compagnie, je me disais qu'il y avait quelque chose de Corse dans cette vallée en pleine ville.
J'ai retrouvé à travers lui l'écho de toutes mes mythologies méditerranéennes, et j'aimais beaucoup l'écouter, sans forcément répondre.
Il était aussi un peintre moderne, constructiviste dans l'utopie collective. Il est un des très rares cas d'artiste mangé par son oeuvre (je connais bien d'autres travaux de lui qui construisent de ce qu'il faisait une image plus complète). Décidément, il faudrait que je mène un jour à bien un travail sur et autour de lui, car avoir pour matériau une valée habitée pour les rêves des autres, c'est trop fort our un seul homme !

Philippe Maillard


Il est d'une autre génération que la mienne. Il semble d'ailleurs que celle là a plus de difficultés à faire parler d'elle. C'est un beau et joyeux travail, qui pose la question de la modernité et de la post-modernité. Nous attendons d'eux qu'ils nous surprennent, lorsqu'ils le font la reconnaissance leur est rarement accordée. Mais très souvent, ils semblent raconter une histoire moderne, ont l'allure de l'innovation tout en racontant une innovation passée. En tous cas, il y a de l'humour, de l'élan et une grande qualité de travail chez ce jeune homme.

dimanche 30 mars 2008

Bru



Un univers extrêmement personnel, original et cultivé. Grave, d'une tonalité un peu dramatique.
J'ai toujours été un peu impressionné par Georges Bru, même s'il achète ses journaux au même endroit que moi et qu'il conjugue gentillesse et simplicité.
Ajoutez à cela une dose d'humour, de réflexion, de générosité et de ténacité...
Comment dire l'étrangeté de ses univers alors même qu'ils sont familiers, le sérieux des ombres dans lesquels il vous fait pénétrer.
Je sais que je suis un peu ridicule en livrant ici quelque chose d'immodeste qui ne lui conviendrait certainement pas, mais il y a dans ce qu'il fait un mélange de Topor et de Goya (qui n'appartient qu'à lui!).

Jean-Marie Cartereau


J'ai toujours eu une sensiblité particulière pour ce que fait Jean Marie Cartereau. J'aimais particulièrement des "cartographies" singulières dont je n'ai pas trouvé les images.
Couleurs, reliefs, territoires inconnus.Il y a dans son comportement de la douceur, de la précision, et rien de ce qu'il fait n'est classable.
Discret, ouvert, les pieds sur terre, il faut certainement partie de la confrérie des dessinateurs, avec tous les sortilèges que cela entend.

jeudi 27 mars 2008

N+N Corsino


D'accord, ils sont ancrés à Marseille, qui n'est pas Toulon. Mais lorsque j'étais à Châteauvallon, travailler avec eux pour développer leur travail était une source.
Il n'y a jamais de hasard, j'utilise le mot ancré en résonance avec leur "navigation". Il n'y a jamais de hasard parce que N+N sillonnent le monde en y puisant et en y versant un rapport aux corps, un rapport du corps aux événements, une réflexion devenue physique en harmonies dynamiques. Dans l'installation chorégraphie dont voici une image, ce rapport au monde est visible, aussi.

lundi 24 mars 2008

Léopold Trouillas


Il y a des photographes à Toulon. On le doit aux soeurs Théret, on le doit à eux mêmes, on le doit aussi à Léopold Trouillas, photographe lui-même et portraitiste, comme les soeurs Théret. En général, il est souriant, observe et écoute, comme beaucoup de photographes. Il réunit, pour le plaisir de réunir, il accompagne, pour le plaisir d'accompagner. Ce sont là certainement des qualités d'observateur; j'ai choisi de lui la photographie qu'il a faite d'une autre oeuvre, une fleur de Solange Triger, parce que cela me semble définir quelque chose dans sa démarche d'utiliser son regard pour montrer l'autre, en prenant le risque d'exprimer par le regard l'aventure tranquille des sentiments constructeurs.

Jean-Noël Laszlo


Il a toujours tenu une place à part, tenace, apparemment silencieux et au centre d'échanges indélimitables d'un point à l'autre de la planète. Il ne se souvient peut-être pas de l'image de ce crayon, un ancien dessin (?) de lui qui circule toujours en Hongrie. Il a quelque chose de secret et révolutionnaire.

dimanche 23 mars 2008

Le génie populaire



Les lignes parfaites, les modernes l'ont dit, naissent d'une créativité équilibrée entre la nécessité et la gratuité, l'élan intérieur et l'adaptation aux contingences, du travail et du climat, notamment. Et quelquefois il n'y a pas d'auteur - d'ailleurs, l'auteur d'une ligne parfaite devient rapidement la propriété de tous... du moins la partie de lui qui a donné au monde une création qui se met à voyager sans lui ! Le pointu n'a pas d'auteur, en même temps, il suffit de regarder autour de soi pour en connaître quelques-uns.

samedi 22 mars 2008

Joseph Vernet


Ce n'est pas entre 1978 et 2008, et il n'y a plus de peinture officielle aujourd'hui (quoique...). Mais Joseph Vernet, Vincent Courdouan sont des artistes qui témoignent d'un rapport à la lumière et au concret, eux aussi. Joseph Vernet était un peintre officiel et entretenait des rapports avec le politique sur lesquels on pourrait gloser aujourd'hui; reste que sa perception du paysage et de l'activité humaine sont plus visibles que jamais.

José Mange


Ce n'est pas ma génération, ni ma tasse de thé, certes. Mais il y a certainement dans le regard qu'il a laissé quelque chose de fraternel avec ce que j'aime aujourd'hui et que j'ai aimé hier dans ce qui se crée ici.

mercredi 19 mars 2008

Le Corbusier


Le Corbusier à Toulon, au Pradet, plus exactement. On en parle peu, de cette villa construite en 1929, parce qu'elle est toujours habitée (et à louer pour le tourisme, entre 600 et 1200 € la semaine selon la saison) ! Elle a été refaite il y a quatre ou cinq ans, et pas trop mal.
On pourrait pourtant y constater que pour la première fois, le Corbusier établit avec la nature et de paysage des rapports de fusion, aux antipodes de sa démarche habituelle, mais pas incohérents avec elle (la Cité Radieuse de Marseille est posée sur de fins piliers pour que l'on puisse faire du sport dans l'herbe en dessous !). Murs de pierre locale, ouvertures destinées à découper des paysages qui jouent avec la ligne de la mer...
Cette villa, pas anecdotique et qui renseigne sur l'état d'esprit réel de l'architecte, est un secret bien gardé, partageons le.

Sophie Menuet



C'est l'une des rares artistes à Toulon qui se soit lancée dans des travaux à la fois fins et iconoclastes, qui s'étendent dans l'espace, utilisent tout le vocabulaire contemporain et personnel qu'un artiste puisse requérir. Sans s'enfermer dans quoique ce soit.

mardi 18 mars 2008

Annie Pascal


Je vis avec un grand dessin d'Annie Pascal depuis 1984; c'est un dessin, mais jamais un dessin n'a jamais autant pris la forme d'une peau qui s'arrache, les étincelles de coups de griffe. Annie Pascal ne fait pas assez parler d'elle.
Mais on peut toujours demander à voir les pièces que les collections publiques conservent d'elles, au Musée de Toulon bien sûr, au FRAC de Reims...

Rudy Ricciotti


Sans frontière dans le temps ni l'espace, avec une langue entre Lacan et Coluche, Ricciotti n'a jamais déçu et toujours lancé les risques les plus pertinents.
Abstrait, universel, joueur et sérieux, identitairement concret aussi, il est de plus en plus difficile d'évaluer la taille de l'apport qu'il fait à l'architecture... et au reste : à l'association pour la "défense de la pétasse provençale" (un élément de notre patrimoine dont je suis d'accord avec lui qu'il doit être protégé), aux constructeurs capable de s'attaquer au " trou du cul du monde" (sic et resic : c'est ainsi qu'il a nommé le lieu le plus problématique de sa construction la plus dingue, à Vitrolles, et qui a connu un triste parcours.
D'ailleurs, mais c'est un autre sujet, ce qui s'est passé là est exactement le scénario qu'a vécu l'avant garde des années 30 mise à mort par les nazis, voir les livres de Jean-François Palmier).
Envie de mettre deux photos, mais il faut quand même respecter les règles.

lundi 17 mars 2008

Farid Boudjellal


Oui, oui, de la bande dessinée ! A la première rencontre avec Farid Boudjellal (que j'ai connu avant son frère, ce qui contribue à ne pas me rajeunir, et aujourd'hui il ne doit plus se souvenir de moi, son frère toulonnais, par contre, oui), je me suis dit que ce garçon tenait entre ses mains une bonne partie de "notre histoire", "notre culture", et puis beaucoup de sensiblité, de culture et de gentillesse. Il venait de sortir "L'oud" que je considère comme un pilier de bibliothèque et un témoignage rare.
J'aurais voulu d'ailleurs mettre ici une image de l'Oud, mais la couverture de "P'tit polio" me semble résumer une bonne partie de ce qu'il veut exprimer.

samedi 15 mars 2008

Plagnol


On n'y peut rien, le nom de Serge Plagnol est là. Plus le temps passe, plus je trouve dans ce qu'il fait un rapport à la lumière et à la végétation qui bougent au plus profond le rapport entre le corps et son environnement, l'existence en soi.

vendredi 14 mars 2008

Claude et Pierre Dutertre


Ils travaillent la terre et parlent d'artisanat. Mais s'agit il vraiment d'artisanat ?

André Dechifre


C'est toujours plein de petits personnages à qui il arrive des choses. Il est ici même s'il vit maintenant à Sauve, il a travaillé à Toulon, notamment à de grands moments comme "Une bouée pour Toulon".

Voilà ce que fait Andr& Dechifre en ce moment. Je dis "toujours plein de petits personnages" parce que me revient souvent une grande toile pleines de mouvements macro et microscopiques dans un grand ensemble de mouvement. J'aimerais bien la montrer ici.

Mathieu


Construire, ailleurs, par amour. Il peut y avoir des points communs de Toulon à Azemmour : se replier hors de la vue, sentir la présence de la mer en s'en cachant, changer l'espace en gardant la pierre et les palimpsestes de la vie passée...

Sauzet


Une architecture toulonnaise et planétaire : il le dit lui même.

THEORIE GENERALE
Trois principes fondamentaux

1 - Rien n'existe en soi. Tout existe en relation.
Ce qui signifie que toutes valeurs varient avec l'époque, le lieu, la culture, et se mesurent à la qualité immédiate de la relation des Hommes, les uns aux autres, et aux choses.

2 - La relation en miroir de l'homme à la nature du monde fonde notre être.
La puissance de l'identification homme / nature est le sens profond de cette architecture. La contemplation de cette complémentarité est une source d'émotions, que nous, Occidentaux du 21me siècle, interprétons beauté.

3 - Elever la relation entre l'homme et le monde au plus haut est le but recherché.
Architecture et urbanisme peuvent être, pour le meilleur et pour le pire, un rempart ou un observatoire du monde. Rempart, ils le sont. Etre un observatoire, être un cadre, être un filtre entre nous et le monde : c'est l'art d'édifier qui nous est proposé ici.